{"id":2264,"date":"2019-03-19T23:00:34","date_gmt":"2019-03-19T22:00:34","guid":{"rendered":"https:\/\/www.cineclub.ens.fr\/?p=2264"},"modified":"2019-09-26T15:59:12","modified_gmt":"2019-09-26T14:59:12","slug":"le-rouleau-compresseur-et-le-violon","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/cineclub.ens.fr\/?p=2264","title":{"rendered":"Le Rouleau compresseur et le violon"},"content":{"rendered":"<div class=\"entry-trailer\"><iframe loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/qbSg97Ajvp8\" allowfullscreen=\"allowfullscreen\" width=\"560\" height=\"315\" frameborder=\"0\"><\/iframe><\/div>\n<p><!-- Commentaire pertinent quelconque vis-\u00e0-vis du film --><\/p>\n<div class=\"entry-mainblock\">\n<div class=\"entry-separator\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone wp-image-1873 size-m\nedium\" src=\"http:\/\/www.cinematheque.fr\/cache\/media\/programmation\/films\/rouleau-compresseur-tarkovski\/s,725-b80d8b.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"300\"><\/div>\n<p><b> Dur\u00e9e <\/b>:42 minutes<br \/>\n<b>Couleur<\/b><br \/>\n<b>Pays :<\/b>Russie<br \/>\n<b>35mm . VOSTFR<\/b><br \/>\n<b>Ann\u00e9e :<\/b>1961<br \/>\n<b>Avec :<\/b>Igor Fomchenko, Vladimir Zamanski, Natalia Arkhanelska\u00efa<\/p>\n<div class=\"entry-text-info\"><strong>Synopsis<\/strong> : Un gar\u00e7onnet de sept ans, Sasha, vit avec sa m\u00e8re et sa s\u0153ur dans une vieille maison \u00e0 Moscou. Il apprend le violon et, chaque matin, il doit traverser la cour pour aller \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole de musique, tout en essayant d&rsquo;\u00e9viter d&rsquo;autres enfants qui l&rsquo;intimident et le harc\u00e8lent. Un jour, le conducteur d&rsquo;un rouleau compresseur, Sergue\u00ef, prend sa d\u00e9fense. Pour son dernier film d\u2019\u00e9tude, le cin\u00e9aste russe Andre\u00ef Tarkovski adapte Hemingway et pose les bases de tout son cin\u00e9ma : enfance, onirisme, rapport au temps, sa cristallisation musicale&#8230;<\/div>\n<\/div>\n<p>Comme d&rsquo;habitude, l&rsquo;entr\u00e9e co\u00fbte 4 euros, 3 pour les membres du COF et vous avez la possibilit\u00e9 d&rsquo;acheter des cartes de 10 places pour respectivement 30 et 20 euros. L&rsquo;entr\u00e9e est gratuite pour les \u00e9tudiant.e.s invit\u00e9.e.s.<\/p>\n<div class=\"entry-resume\">Et pour r\u00e9sumer :<\/p>\n<div class=\"resume-bloc\"><span class=\"resume-date\">Rendez-vous le mardi 26 mars 2019, 20h30 <\/span>en salle Dussane, au 45 rue d&rsquo;Ulm <span class=\"resume-see\">pour voir et revoir <\/span><\/div>\n<div class=\"resume-bloc\"><span class=\"resume-title\">Le Rouleau compresseur et le violon <\/span><span class=\"resume-director\">de Andre\u00ef Tarkovski<\/span><\/div>\n<\/div>\n<div class=\"entry-analyse\">\n<h2>Proposition d&rsquo;analyse<\/h2>\n<p>Le Rouleau compresseur et le violon (Tarkovski, 1961)<br \/>\nSasha, gar\u00e7on de 7 ans, habite un vieil immeuble de Moscou. Les enfants de son quartier se moquent de lui et le chahutent quand il sort prendre ses le\u00e7ons de violon. Sergei, conducteur d\u2019un rouleau compresseur dans un chantier voisin, prend un matin sa d\u00e9fense, et se lie d\u2019amiti\u00e9 avec le jeune violoniste. Troisi\u00e8me et dernier film d\u2019\u00e9tude de Tarkovski , <i>Le Rouleau compresseur et le violon<\/i> est assez diff\u00e9rent des films qui feront la c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 du r\u00e9alisateur. Bien s\u00fbr, nous retrouvons des th\u00e8mes et des figures qui reviendront dans les films suivants ; le jeune gar\u00e7on, la communication, l\u2019apprentissage de l\u2019art2. Cependant, l\u2019oeuvre, sans \u00eatre l\u00e9g\u00e8re, est moins c\u00e9r\u00e9brale que les oeuvres plus tardives de Tarkovski- les dialogues, par exemple, restent factuels, l\u2019histoire est assez simple et la structure all\u00e9gorique bien lisible.<\/p>\n<p>Tout cela ressemble aux films de Lamorisse, et nous avons un peu l\u2019impression de voir <i>Le Ballon rouge<\/i> transport\u00e9 \u00e0 Moscou &#8211; avec cette fois, un petit soviet bien habill\u00e9, et plut\u00f4t que des ruelles d\u2019un Paris de cartes postales, une ville qui s\u2019enorgueillit de sa glorieuse architecture stalinienne. Cette comparaison -d\u00e9j\u00e0 flatteuse &#8211; se limite cependant \u00e0 quelques aspects du film &#8211; sa ribambelle de bambin, habill\u00e9s et coiff\u00e9s avec soin, une intrigue simple, un peu triste, o\u00f9 le r\u00eave permet de se r\u00e9parer ce qu\u2019on ne peut pas emp\u00eacher. Cependant, on pourrait en dire autant des premiers films de Panahi, et de quelques films de Kiarostami &#8211; et nous perdons de vue notre film.<\/p>\n<p>D\u00e8s l\u2019arriv\u00e9e chor\u00e9graphi\u00e9e des enfants dans la cage d\u2019escalier, lors de la premi\u00e8re sc\u00e8ne du film, jusqu\u2019\u00e0 la derni\u00e8re prise, o\u00f9 Sasha traverse l\u2019\u00e9cran en diagonale pour rejoindre le rouleau compresseur qui s\u2019\u00e9loigne, tout le film se distingue par la stylisation de ce qui est repr\u00e9sent\u00e9. La cam\u00e9ra &#8211; tr\u00e8s mobile &#8211; transforme ce qu\u2019elle filme en symbole, pas tant en for\u00e7ant l\u2019attention sur un d\u00e9tail, mais en d\u00e9pla\u00e7ant le point d\u2019attention, et en modifiant le cadre par quelques mouvements nettement d\u00e9composables. Une femme, \u00e0 la fen\u00eatre, attend ; la cam\u00e9ra s\u2019\u00e9loigne, et nous voyons que Sacha l\u2019observe. La femme l\u00e8ve les yeux, et il d\u00e9tourne le regard ; la femme dispara\u00eet du champ. Un bruit, et Sacha jette un coup d\u2019oeil le long du couloir &#8211; une jeune fille arrive, et la cam\u00e9ra se d\u00e9place une derni\u00e8re fois pour pr\u00e9parer un cadre o\u00f9 les trois personnages sont r\u00e9unis.<\/p>\n<p>Si certains symboles et effets ont un sens, ou une raison d\u2019\u00eatre, transparents &#8211; par exemple, un m\u00e9tronome brusquement pos\u00e9, flou, au premier plan, cette prise o\u00f9 une vieille fa\u00e7ade s\u2019effondre, d\u00e9gageant la vue sur un gratte-ciel stalinien, la lumi\u00e8re qui se miroite dans la pluie fraiche, \u00e9cho des lendemains qui brillent, ou, plus \u00e9vident encore, la pr\u00e9sence d\u2019un ouvrier, la figure de la m\u00e8re &#8211; d\u2019autres ne s\u2019expliquent pas si bien, ou m\u00eame reposent sur le fait d\u2019\u00eatre inexplicables. Cela ne se signifie pas qu\u2019ils sont superflus &#8211; au contraire, ils sont plut\u00f4t essentiels au film &#8211; ou qu\u2019il ne s\u2019agit que de gourmandises pour les yeux et l\u2019intellect, qui alimenteront les sp\u00e9culations sur le sens du film. Un peu comme dans les po\u00e8mes de Poe les plus c\u00e9l\u00e8bres, o\u00f9 la clef de voute du po\u00e8me est une figure symbolique3, un corbeau, un royaume pr\u00e8s de la mer, qui se d\u00e9plument au toucher d\u00e8s qu\u2019on tente de les comprendre comme figure de<br \/>\nquelque chose, parce qu\u2019elles sont simplement figures4, le film contient plusieurs \u00e9l\u00e9ments \u00e0 lourde charge symbolique qui sont trait\u00e9s, il est vrai, comme des symboles, mais sans sens univoque.<\/p>\n<p>Un exemple rendra peut \u00eatre cette longue phrase plus claire : arrivant \u00e0 sa le\u00e7on de musique, Sacha passe dans un large couloir ; le parquet est blanchi par la lumi\u00e8re franchissant les fen\u00eatres, o\u00f9 le trac\u00e9 des barreaux dessinent des formes de coquilles. Un grand lustre de verreries roses pend en haut, \u00e0 droite. Sur un des si\u00e8ges dispos\u00e9s r\u00e9guli\u00e8rement dans le couleur, il y a un chat. La cam\u00e9ra descend &#8211; le lustre dispara\u00eet, mais le chat reste, passe au premier plan &#8211; puis dispara\u00eet dans les plans qui suivent. Il est difficile de donner \u00e0 ce chat une part purement descriptive, ou m\u00eame d\u00e9corative &#8211; tant il est mis en valeur par la narration. Plus tard, une pomme passera au centre d\u2019une petite histoire. Ce n\u2019est pas le fruit de la connaissance, et ce n\u2019est pas simplement le fruit innocent qu\u2019un jeune gar\u00e7on offre \u00e0 une jeune fille. Bien qu\u2019elles d\u00e9litent sous les explications, ces images, ces symboles ne sont pas pauvres de sens.<\/p>\n<p>Si nos mots n\u2019arrivent pas \u00e0 le saisir, nos yeux les remplacent, et, heureusement, nous voyons un film avant d\u2019essayer maladroitement d\u2019en parler. Les autres images m\u00eames, plus dociles aux interpr\u00e9tations, ne d\u00e9voilent leur force qu\u2019en dehors de cette consid\u00e9ration de jeu intellectuel. Ces reflets d\u2019eaux sur les murs, le scintillement des lumi\u00e8res du jour dans un miroir, sont bien plus belles qu\u2019une vague r\u00e9miniscence d\u2019hymne russe.<\/p>\n<p>Antoine Picard<\/p>\n<p>1 Apr\u00e8s <i>Les Tueurs<\/i> (19 minutes, 1956 &#8211; adaptation d\u2019Hemingway, sujet aussi du film de Siodmak) et <i>Il n\u2019y aura pas de d\u00e9part aujourd\u2019hui<\/i> (46 minutes, 1959)<\/p>\n<p>2 La figure du jeune enfant revient dans <i>L\u2019Enfance d\u2019Ivan<\/i>, <i>Le Miroir<\/i>, <i>Le Sacrifice<\/i>, la difficult\u00e9 de communiquer dans <i>Stalker<\/i>, <i>Le Miroir<\/i>, et apprendre \u00e0 devenir un artiste est un th\u00e8me d\u2019<i>Andre\u00ef Roublev<\/i>. Le film partage aussi avec les films suivants de Tarkovski une certaine rigueur dans la repr\u00e9sentation &#8211; dont la sc\u00e8ne de le\u00e7on de musique, centr\u00e9e sur une interpr\u00e9tation d\u2019un tempo de deux croches comme croche point\u00e9e suivie d\u2019une double croche, rend bien compte. sont superflus &#8211; au contraire, ils sont plut\u00f4t essentiels au film &#8211; ou qu\u2019il ne s\u2019agit que de gourmandises pour les yeux et l\u2019intellect, qui alimenteront les sp\u00e9culations sur le sens du film. Un peu comme dans les po\u00e8mes de Poe les plus c\u00e9l\u00e8bres, o\u00f9 la clef de voute du po\u00e8me est une figure symbolique, un corbeau, un royaume pr\u00e8s de la mer, qui se d\u00e9plument au toucher d\u00e8s qu\u2019on tente de les comprendre comme figure de quelque chose, parce qu\u2019elles sont simplement figures4, le film contient plusieurs \u00e9l\u00e9ments \u00e0 lourde charge symbolique qui sont trait\u00e9s, il est vrai, comme des symboles, mais sans sens univoque.<\/p>\n<p>3 Nous parlons ici de Poe, parce que Le Corbeau pr\u00e9sente une seule figure symbolique, et donc clairement identifiable. Mais nous pouvons penser \u00e0 une litt\u00e9rature bien plus vaste &#8211; notamment de nouvelles, celle de Storm, James, Tchekhov. Si Storm et James jouent des liens symboliques t\u00e9nus qu\u2019ils attachent \u00e0 certains objets &#8211; avec d\u2019ailleurs plus de gr\u00e2ce et moins de m\u00e9canique chez Storm &#8211; le ph\u00e9nom\u00e8ne semble venir naturellement du souvenir, de la forme romanesque chez Tchekhov.<\/p>\n<p>4 C\u2019est \u00e0 dire que si le figurant n\u2019est pas anodin &#8211; essayez de remplacer le corbeau par une hirondelle, ou un chapeau- il n\u2019est pas uniquement une de ses propri\u00e9t\u00e9s ou un \u00e9l\u00e9ment de son champ symbolique (un oiseau, un oiseau associ\u00e9 \u00e0 Odin, un oiseau associ\u00e9 au malheur, un oiseau noir), pas non plus un ensemble de ses propri\u00e9t\u00e9s. Il semble \u00eatre la personnification de quelque chose, mais ce quelque chose n\u2019existe qu\u2019avec le po\u00e8me.<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dur\u00e9e :42 minutes Couleur Pays :Russie 35mm . 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