{"id":2209,"date":"2019-01-06T20:19:35","date_gmt":"2019-01-06T19:19:35","guid":{"rendered":"https:\/\/www.cineclub.ens.fr\/?p=2209"},"modified":"2019-09-26T15:44:20","modified_gmt":"2019-09-26T14:44:20","slug":"la-belle-et-la-bete-de-jean-cocteau-mardi-08-janvier-2019-20h30","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/cineclub.ens.fr\/?p=2209","title":{"rendered":"La Belle et la B\u00eate de Jean Cocteau (mardi 08 janvier 2019, 20h30)"},"content":{"rendered":"<div class=\"entry-trailer\"><iframe loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/0aUKrOMrtPk\" allowfullscreen=\"allowfullscreen\" width=\"560\" height=\"315\" frameborder=\"0\"><\/iframe><\/div>\n<p><!-- Commentaire pertinent quelconque vis-\u00e0-vis du film --><\/p>\n<div class=\"entry-mainblock\">\n<div class=\"entry-separator\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone wp-image-1873 size-medium\" src=\"https:\/\/www.devoir-de-philosophie.com\/images_dissertations\/138757.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"300\"><\/div>\n<div class=\"entry-text-info\"><b> Dur\u00e9e <\/b>:96 minutes<br \/>\n<b>Noir et blanc<\/b><br \/>\n<b>Pays :<\/b>France<br \/>\n<b>35mm . VO (FR)<\/b><br \/>\n<b>Ann\u00e9e :<\/b>1946<br \/>\n<b>Avec :<\/b>Josette Day, Jean Marais, Marcel Andr\u00e9, Mila Par\u00e9ly<\/p>\n<div class=\"entry-text-info\"><strong>Synopsis<\/strong> : Une jeune femme pr\u00e9nomm\u00e9e Belle se sacrifie pour sauver son p\u00e8re, condamn\u00e9 \u00e0 mort pour avoir cueilli une rose dans le domaine d&rsquo;un terrible monstre. Contre toute attente, la B\u00eate \u00e9pargne Belle et lui permet de vivre dans son ch\u00e2teau. Elle s&rsquo;aper\u00e7oit que, derri\u00e8re les traits de l&rsquo;animal, souffre un homme victime d&rsquo;un sortil\u00e8ge.<\/div>\n<p><strong>En partenariat avec Parl\u00e9 Cin\u00e9, la s\u00e9ance sera pr\u00e9sent\u00e9e et comment\u00e9e.<\/strong><\/p>\n<\/div>\n<p>Comme d&rsquo;habitude, l&rsquo;entr\u00e9e co\u00fbte 4 euros, 3 pour les membres du COF et vous avez la possibilit\u00e9 d&rsquo;acheter des cartes de 10 places pour respectivement 30 et 20 euros. L&rsquo;entr\u00e9e est gratuite pour les \u00e9tudiant.e.s invit\u00e9.e.s.<\/p>\n<div class=\"entry-resume\">Et pour r\u00e9sumer :<\/p>\n<div class=\"resume-bloc\"><span class=\"resume-date\">Rendez-vous le mardi 08 janvier 2019, 20h30<\/span><br \/>\n<span class=\"resume-place\">en salle Dussane, au 45 rue d&rsquo;Ulm<\/span><br \/>\n<span class=\"resume-see\">pour voir et revoir<\/span><br \/>\n<span class=\"resume-title\">La Belle et la B\u00eate<\/span><br \/>\n<span class=\"resume-director\"> de Jean Cocteau<\/span><\/div>\n<\/div>\n<div class=\"entry-analyse\">\n<h2>Proposition d&rsquo;analyse<\/h2>\n<p>Perdu dans la for\u00eat au retour d\u2019un voyage d\u2019affaire, un marchand s\u2019abrite dans un ch\u00e2teau abandonn\u00e9 et enchant\u00e9. Sur le point de partir, il cueille une rose pour sa plus jeune fille, Belle. Le ma\u00eetre des lieux, courrouc\u00e9 par ce vol, ne laisse la vie sauve au marchand qu\u2019en \u00e9change de sa fille.<\/p>\n<p><i>La Belle et la b\u00eate<\/i> est l\u2019adaptation libre d\u2019un conte, dont la source la plus r\u00e9pandue vient d\u2019un recueil de Jeanne-Marie Leprince de Beaumont destin\u00e9 aux enfants. Cocteau n\u2019est 1 pas le premier \u00e0 adapter ce sujet &#8211; un premier film sur le sujet est sorti en 1899, et Ravel compose en 1908 Les <i>Entretiens de la Belle et la B\u00eate<\/i>, courte pi\u00e8ce pour piano \u00e0 quatre mains. Si nous pouvons nous \u00e9carter un peu du film de Cocteau, et aussi un peu du cin\u00e9ma &#8211; et nous le pouvons-, touchons un mot sur l\u2019adaptation, cette \u00e9trange ambition d\u2019alchimiste qui transforme un conte en musique, une chim\u00e8re de mots en une chim\u00e8re d\u2019images. Tout d\u2019abord, pourquoi ? L\u2019excuse usuelle, la plus grande facilit\u00e9 de diffusion de certaines formes transcrites &#8211; pour un musicien, la r\u00e9duction d\u2019une oeuvre pour orchestre \u00e0 un piano, pour d\u2019autres, l\u2019adaptation alimentaire d\u2019un livre \u00e0 succ\u00e8s en film, n\u2019est pas convaincante ; elle sent bien trop le pis aller, ne pr\u00e9tend qu\u2019\u00e0 justifier une d\u00e9gradation et nie le g\u00e9nie qui rayonne dans, par exemple, <i>Siegfried idyll<\/i> transcrit par Gould, <i>Le Feu follet<\/i> de Louis Malle. Ce qui justifie pleinement l\u2019adaptation est l\u00e0 &#8211; dans la qualit\u00e9 du produit final, ind\u00e9pendamment de la premi\u00e8re oeuvre qui n\u2019existe que sous d\u2019autres contraintes ; on entrevoit une mati\u00e8re premi\u00e8re qui peut se fa\u00e7onner dans un autre langage, un peu comme on reconna\u00eet dans un paysage un sujet \u00e0 tableau2.<\/p>\n<p>Les contes ont \u00e9t\u00e9 rapidement reconnus comme une mati\u00e8re premi\u00e8re docile au cin\u00e9ma. L\u2019image d\u2019un film a une valeur singuli\u00e8re, qui conf\u00e8re aux trucs et astuces, un statut bien diff\u00e9rent des illustrations qui accompagnaient les recueils. Il ne s\u2019agit plus d\u2019un dessin, de quelques traits imprim\u00e9s sur une page &#8211; il s\u2019agit d\u2019une photographie projet\u00e9e, qui, malgr\u00e9 le factice \u00e9vident, porte plus de cr\u00e9dit3. La duperie du merveilleux est saisissante. Aussi l\u2019enjeu de la Belle et la B\u00eate est de cr\u00e9er visuellement cette B\u00eate, ce qui ne demande \u00e0 l\u2019\u00e9crivain que d\u2019\u00e9crire \u201cune b\u00eate horrible\u201d &#8211; de transformer un mot en une apparence. La litt\u00e9rature a le luxe de la concision &#8211; mieux qu\u2019une longue description, un mot peut convier le fr\u00e9missement, et moins nous savons pourquoi cette b\u00eate est horrible, plus nous sentons qu\u2019elle a l\u2019essence de l\u2019horreur.4 Bien sur, qu\u2019importe le nombre d\u2019heures de maquillage, la repr\u00e9sentation de cette phrase doit \u00eatre d\u00e9cevante5 ; mais, une fois plac\u00e9e dans un d\u00e9cor, mobile, autre chose se met en place. Ce qui pourrait nous inqui\u00e9ter, dans la B\u00eate, n\u2019est pas son apparence, mais ce collage du r\u00eave sur la photographie.<\/p>\n<p>Mais l\u2019univers visuel de <i>La Belle et la b\u00eate<\/i> ne rend pas ce contraste saisissant &#8211; la B\u00eate n\u2019est pas seul \u00e0 \u00eatre enchant\u00e9e, le d\u00e9cor l\u2019est aussi. Cocteau cr\u00e9e un univers visuel de conte, ou plut\u00f4t, d\u2019une certaine \u00e9nonciation du conte. Le ch\u00e2teau n\u2019est pas fait de pierre et les murs couverts de tapisseries, il est peint d\u2019ombre et orn\u00e9es de textures duveteuses6. Les lumi\u00e8res sont de velours. Les costumes et les accessoires sont symboliques, et similaires \u00e0 celles d\u2019illustrations &#8211; les abondantes pierreries scintillent \u00e0 chaque mouvement au dessus des tissus noirs. Des rideaux fins baignent et ondulent dans la lumi\u00e8re du matin, puis nous entrons dans une chambre o\u00f9 les rayons du soleil sont comme tamis\u00e9s par de grands arbres. L\u00e0, tout n\u2019est qu\u2019ordre et beaut\u00e9 ; luxe, calme, et volupt\u00e9. <i>La Belle et la b\u00eate<\/i> s\u2019engage dans la route fl\u00e9ch\u00e9e par \u201cil \u00e9tait une fois\u201d, cultive dans un jardin de topos quelques \u00e9l\u00e9ments fantastiques mis aux places d\u2019honneur &#8211; les bras domestiques, la statue enchant\u00e9e7. Privil\u00e8ge du cin\u00e9ma, la simultan\u00e9it\u00e9 de la vision permet \u00e0 l\u2019action de se reposer sur le d\u00e9cor f\u00e9\u00e9rique, sans l\u2019interrompre, et d\u2019\u00e9quilibrer la description. Une belle sc\u00e8ne du film, o\u00f9 la Belle d\u00e9couvre le ch\u00e2teau, ne pouvait \u00eatre qu\u2019au cin\u00e9ma &#8211; un mouvement dans des couloirs o\u00f9 les cand\u00e9labres s\u2019inclinent et o\u00f9 les rideaux dansent.<\/p>\n<p>Quelle morale pour ce conte ? Le triomphe final des apparences est amusant, venant corrompre tout le cheminement. Au moment o\u00f9 la Belle d\u00e9passe son d\u00e9go\u00fbt pour l\u2019aspect de la B\u00eate, elle en est r\u00e9compens\u00e9e par sa m\u00e9tamorphose en l\u2019image d\u2019un charmant jeune homme &#8211; ce qui rend caduc le progr\u00e8s et le sacrifice. Comme tout conte s\u2019achevant par un <i>Deus ex Machina<\/i>, la morale est pervertie par l\u2019aide ext\u00e9rieure . Les derni\u00e8res images semblent finalement abandonner les pr\u00e9tentions \u00e9ducatrices 8 du conte, n\u2019en garder que le merveilleux, meilleur \u00e9ducateur, plus profond et moins. La morale est d\u2019appr\u00e9cier le film outre ce qu\u2019il tente d\u2019\u00e9tablir, mais pour de plus hautes vertus.<\/p>\n<p>Antoine Picard<\/p>\n<p>1 Peut \u00eatre est-il prudent de rappeler que tel n\u2019est pas le cas pour tous les recueils de contes &#8211; les fameux contes de Grimm forment un travail d\u2019universitaires sur le folklore, et n\u2019ont pas de vis\u00e9es \u00e9ducatrices \u00e0 priori.<br \/>\n2 L\u2019auteur souhaite \u00eatre clair sur le point suivant &#8211; l\u2019int\u00e9r\u00eat ne r\u00e9side pas dans le lien entre les oeuvres ; le plaisir artistique n\u2019est pas p\u00e9danterie et refuge dans un labyrinthe de jeux intertextuels. L\u2019auteur d\u00e9clare avoir la plus pi\u00e8tre opinion de G\u00e9nette.<br \/>\n3 Si &#8211; a priori &#8211; une image film\u00e9e n\u2019a pas plus de valeur qu\u2019un dessin, notre compr\u00e9hension de cette image n\u2019est pas aussi impartiale &#8211; nous attribuons une valeur documentaire, un caract\u00e8re de t\u00e9moin, \u00e0 l\u2019image film\u00e9e et photographi\u00e9e.<br \/>\n4 C\u2019est un m\u00e9rite de la pens\u00e9e id\u00e9aliste de la litt\u00e9rature, d\u2019une expression par concepts.<br \/>\n5 Beaucoup &#8211; et l\u2019auteur &#8211; ont surement des souvenirs de jeunesse o\u00f9 telle figure, telle image, nous gla\u00e7a d\u2019effroi, bien plus qu\u2019une phrase ne put y parvenir. L\u2019id\u00e9e de l\u2019horreur est pourtant bien plus effrayante que la repr\u00e9sentation que nous pouvons lui donner &#8211; une fois que nous avons donn\u00e9 un visage \u00e0 la Mort, nous l\u2019avons sous contr\u00f4le, elle est devenue<br \/>\nhumaine, un pantin ou un animal de cirque, et il nous ne reste plus qu\u2019\u00e0 la faire danser pour retrouver le sourire.<br \/>\n6 La texture des images des films s\u2019est modifi\u00e9e depuis le d\u00e9but du vingti\u00e8me si\u00e8cle &#8211; la gamme de tonalit\u00e9 s\u2019est enrichie, ce qui \u00f4te l\u2019aspect brut des images des films pr\u00e9c\u00e9dant les ann\u00e9es 30. La technologie des optiques a aussi chang\u00e9, et les arri\u00e8res plans flous sont plus doux.<br \/>\n7 L\u2019emphase mise sur le fantastique rel\u00e8ve du choix du conteur plus que du respect du texte. Pour reprendre un exemple cher \u00e0 l\u2019auteur, cette phrase de Barbe bleue, \u201cOr, cette clef \u00e9tait f\u00e9e\u201d, fond la f\u00e9\u00e9rie dans une observation un peu froide. La mise en sc\u00e8ne litt\u00e9raire du fantastique dans le conte est une irruption sobre de l\u2019imaginaire dans le vraisemblable, et le cin\u00e9ma peut aussi pr\u00e9senter un rapport non conflictuel entre ces deux mondes &#8211; voir par exemple <i>Nosferatu<\/i>. La Belle et la b\u00eate parle d\u2019une voix de conteur, o\u00f9 tout est d\u00e9j\u00e0 symbole, et souligne le fantastique &#8211; avec des ralentis, quelques gros plans, le jeu d\u2019\u00e9clairage &#8211; sans basculer dans un monde de d\u00e9cor pr\u00e9sent\u00e9 comme d\u00e9cor &#8211; ce qui est le cas par exemple, des films de Karol Zeman, de l\u2019expressionisme allemand, de quelques films de Resnais, et n\u2019est pas le cas des films de Demy.<br \/>\n8 Ceci n\u2019a pas l\u2019air de g\u00eaner outre mesure certains conteurs &#8211; la r\u00e9compense de la vertu, issue des moralisateurs, prend alors souvent une forme paradoxale ; disons qu\u2019elle semble avoir besoin d\u2019un coup de pouce\u2026 Ce qui entra\u00eene les d\u00e9rives litt\u00e9raires \u00e0 la Sade.<\/p>\n<p><i><\/i><\/p>\n<\/div>\n<p><i><br \/>\n<\/i><\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dur\u00e9e :96 minutes Noir et blanc Pays :France 35mm . 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