{"id":2190,"date":"2018-11-21T14:29:10","date_gmt":"2018-11-21T13:29:10","guid":{"rendered":"https:\/\/www.cineclub.ens.fr\/?p=2190"},"modified":"2019-10-12T09:35:19","modified_gmt":"2019-10-12T08:35:19","slug":"mon-ami-ivan-lapchine-de-alexei-guerman-mardi-27-novembre-2018-20h30","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/cineclub.ens.fr\/?p=2190","title":{"rendered":"Mon ami Ivan Lapchine de Alexei Guerman (mardi 27 novembre 2018, 20h30)"},"content":{"rendered":"<div class=\"entry-trailer\"><iframe loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/RcT3O9H0ooU\" allowfullscreen=\"allowfullscreen\" width=\"560\" height=\"315\" frameborder=\"0\"><\/iframe><\/div>\n<p><!-- Commentaire pertinent quelconque vis-\u00e0-vis du film --><\/p>\n<div class=\"entry-mainblock\">\n<div class=\"entry-separator\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone wp-image-1873 size-medium\" src=\"http:\/\/legrandaction.com\/images\/m\/mon-ami-ivan-lapchine\/affiche.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"300\"><\/div>\n<div class=\"entry-text-info\">\n<p><b> Dur\u00e9e <\/b>:100 minutes<br \/>\n<b>Noir et blanc<\/b><br \/>\n<b>Pays :<\/b>URSS<br \/>\n<b>35mm . VOSTFR<\/b><br \/>\n<b>Ann\u00e9e :<\/b>1984<br \/>\n<b>Avec :<\/b>Andrei Boltnev, Nina Rouslanova, Andrei Mironov<\/p>\n<div class=\"entry-text-info\"><strong>Synopsis<\/strong> : L&rsquo;histoire qui se d\u00e9roule au d\u00e9but des ann\u00e9es 1930 est pr\u00e9sent\u00e9e d&rsquo;une mani\u00e8re r\u00e9trospective par un t\u00e9moin \u00e2g\u00e9 de neuf ans \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque. Elle raconte le quotidien du chef de la brigade de r\u00e9pression du banditisme de la ville d&rsquo;Ountchansk, Ivan Lapchine, et de quelques-uns de ses amis et coll\u00e8gues.<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n<p>Comme d&rsquo;habitude, l&rsquo;entr\u00e9e co\u00fbte 4 euros, 3 pour les membres du COF et vous avez la possibilit\u00e9 d&rsquo;acheter des cartes de 10 places pour respectivement 30 et 20 euros. L&rsquo;entr\u00e9e est gratuite pour les \u00e9tudiant.e.s invit\u00e9.e.s.<\/p>\n<div class=\"entry-resume\">\n<p>Et pour r\u00e9sumer :<\/p>\n<div class=\"resume-bloc\"><span class=\"resume-date\">Rendez-vous le mardi 27 novembre 2018, 20h30<\/span><br \/>\n<span class=\"resume-place\">en salle Dussane, au 45 rue d&rsquo;Ulm<\/span><br \/>\n<span class=\"resume-see\">pour voir et revoir<\/span><br \/>\n<span class=\"resume-title\">Mon ami Ivan Lapchine<\/span><br \/>\n<span class=\"resume-director\"> de Alexei Guerman<\/span><\/div>\n<\/div>\n<div class=\"entry-analyse\">\n<h2>Proposition d&rsquo;analyse<\/h2>\n<p>Le film d\u00e9bute par un prologue. Le narrateur, un homme \u00e2g\u00e9, se rem\u00e9more son enfance \u00e0 Ountchansk1 o\u00f9 alors \u00e2g\u00e9 de neuf ans il vivait dans un appartement communal avec son p\u00e8re, Ivan Lapchine \u2014 le chef de la brigade anticriminelle, et Okochkin, un coll\u00e8gue d\u2019Ivan. L\u2019appartement est tenu par Patrikeyevna, une femme \u00e2g\u00e9e au caract\u00e8re difficile, sans doute fa\u00e7onn\u00e9 par des ann\u00e9es de g\u00eane. C\u2019est dans cette \u00e9troitesse et cet inconfort permanent que se d\u00e9roule leur quotidien.<\/p>\n<p>L\u2019intrigue est difficile \u00e0 cerner. Il y a d\u2019un c\u00f4t\u00e9 l\u2019affaire polici\u00e8re qui occupe Lapchine, celle de Soloviov, un criminel notoire auteur d\u2019une s\u00e9rie de meurtres insens\u00e9s. De l\u2019autre, un \u00e9trange triangle amoureux, entre Lapchine, son ami \u00e9crivain Khanin, r\u00e9cemment arriv\u00e9 dans l&rsquo;appartement communal apr\u00e8s la mort de sa femme, et Natasha, une actrice du th\u00e9\u00e2tre local. Enfin, des intrigues secondaires, celle du mariage d\u2019Okochkin par exemple, surgissent en permanence, nombre d\u2019entre elles ne donnant suite \u00e0 rien.<\/p>\n<p>\u00c0 cet abandon de l\u2019unit\u00e9 d\u2019action s\u2019ajoute un style narratif d\u00e9routant propre \u00e0 Guerman. Les \u00e9v\u00e9nements importants du film ne sont jamais accentu\u00e9s : le spectateur doit les d\u00e9celer lui-m\u00eame \u00e0 l\u2019arri\u00e8re-plan d\u2019une sc\u00e8ne, au d\u00e9tour d\u2019une conversation ou dans la remarque anodine d\u2019un personnage secondaire ; l\u2019intrigue \u00e9volue presque \u201cpar hasard\u201d. Cet effet est obtenu gr\u00e2ce \u00e0 une technique formelle novatrice que Guerman utilise pour la premi\u00e8re fois dans ce film2 et dont il se servira, de mani\u00e8re plus ou moins pouss\u00e9e, dans toutes ses oeuvres ult\u00e9rieures. Elle consiste premi\u00e8rement \u00e0 faire interf\u00e9rer plusieurs sc\u00e8nes dans un m\u00eame plan, sans vraiment en marquer une plus qu\u2019une autre. Ainsi, des \u00e9v\u00e9nements presque al\u00e9atoires et sans aucun rapport avec les intrigues du film se produisent en permanence \u00e0 l\u2019\u00e9cran, alors m\u00eame qu\u2019on peut assister \u00e0 une discussion d\u2019une grande intensit\u00e9 \u00e9motionnelle entre les personnages principaux. Ensuite, il s\u2019agit de faire la m\u00eame chose dans la sph\u00e8re auditive. Plusieurs personnes peuvent parler en m\u00eame temps, se couper la parole ; dans la rue on entend toutes les remarques des passants, au commissariat \u2014 les plaintes des interpell\u00e9s3. Le niveau sonore des conversations environnantes ne baisse pas miraculeusement lorsqu\u2019on essaye de dire quelque chose d\u2019important\u2026<\/p>\n<p>L\u2019impression qui en r\u00e9sulte est celle d\u2019une ambigu\u00eft\u00e9 et d\u2019une incertitude permanentes. L\u2019illusion cin\u00e9matographique, c\u2019est en grande partie le choix de ce qui doit \u00eatre vu, de ce qui doit attirer l\u2019attention du spectateur, de ce qu\u2019il doit reconna\u00eetre comme important. Dans la vie r\u00e9elle il est cependant tr\u00e8s rare de saisir dans l\u2019instant un fait essentiel : ce n\u2019est qu\u2019avec le recul qu\u2019il est possible de s\u2019en rendre compte. Ici, le spectateur n\u2019est pas plus avanc\u00e9 que les personnages qu\u2019il observe pour interpr\u00e9ter ce qu\u2019il voit et entend. Il n\u2019a plus la prescience caract\u00e9ristique des m\u00e9thodes de narration usuelles.<\/p>\n<p>En travaillant de la sorte, Guerman n\u2019\u00e9tait pas seulement motiv\u00e9 par un d\u00e9sir de r\u00e9alisme plus radical. Le style qu\u2019il a d\u00e9velopp\u00e9 devait aussi refl\u00e9ter sa vision des th\u00e8mes qu\u2019il traitait, et plus particuli\u00e8rement celui de la soci\u00e9t\u00e9 sovi\u00e9tique au cours de son histoire, qui est l\u2019objet de cinq de ses six films. Le proc\u00e9d\u00e9 est toujours le m\u00eame : il s\u2019agit de consid\u00e9rer un certain type de \u201ch\u00e9ros sovi\u00e9tique\u201d (Adamov dans <i>Le septi\u00e8me Compagnon<\/i>, Lopatin dans <i>Vingt jours sans guerre<\/i>, ici \u2014 Lapchine, etc.) et de peindre \u00e0 travers lui un tableau de la soci\u00e9t\u00e9 qu\u2019il traverse4. En ce sens, Guerman n\u2019a jamais aspir\u00e9 \u00e0 l\u2019exhaustivit\u00e9 balzacienne et s\u2019est toujours concentr\u00e9 sur des types tr\u00e8s sp\u00e9cifiques. Le regard qu\u2019il cherche \u00e0 porter sur le pass\u00e9 est toujours, dans la mesure du possible, un regard amoral. C\u2019est avant tout les hommes et leur \u00e9poque qui l\u2019int\u00e9ressent et non de savoir si ce qu\u2019ils font est bien ou mal. L&rsquo;ambigu\u00eft\u00e9 de l\u2019image et du son, c\u2019est aussi le reflet de l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 du pass\u00e9, de l\u2019incertitude des jugements qu\u2019on \u00e9met \u00e0 son sujet.<\/p>\n<p>En ce qui concerne Lapchine, le projet de Guerman est m\u00eame plus ambitieux. Il ne s\u2019agit pas seulement de repr\u00e9senter les ann\u00e9es 30, mais aussi de donner une id\u00e9e de la mani\u00e8re dont cette \u00e9poque est rest\u00e9e pr\u00e9sente dans les m\u00e9moires un demi-si\u00e8cle plus tard. Le lien est r\u00e9alis\u00e9 gr\u00e2ce \u00e0 la figure de l\u2019enfant, qu\u2019on retrouve grand-p\u00e8re au d\u00e9but et \u00e0 la fin du film. Ainsi, il est certain que la connaissance du contexte historique et social de ces deux p\u00e9riodes historiques est n\u00e9cessaire \u00e0 la pleine compr\u00e9hension du film. Nombre de r\u00e9f\u00e9rences, celle, par exemple, du papier froiss\u00e9 tra\u00eenant par terre apr\u00e8s l\u2019ouverture des fen\u00eatres au mois de mars, \u00e9chapperont compl\u00e8tement au spectateur moderne ne se doutant pas (et heureusement !) de la cr\u00e9ativit\u00e9 qu\u2019on pouvait d\u00e9ployer pour garder davantage de chaleur en hiver, alors que leur seule \u00e9vocation ne manquera pas de produire un l\u00e9ger pincement au coeur chez quiconque ayant connu ces choses-l\u00e0, de pr\u00e8s ou de loin. N\u00e9anmoins, comme dans toutes les grandes oeuvres, il reste toujours, derri\u00e8re le contexte et les contingences propres \u00e0 une \u00e9poque, quelque chose d\u2019irr\u00e9ductible et de fondamentalement humain.<\/p>\n<p>1 Il s\u2019agit d\u2019une ville fictive invent\u00e9e par Guerman. Le film a en r\u00e9alit\u00e9 \u00e9t\u00e9 tourn\u00e9 \u00e0 Astrakhan.<br \/>\n2 Quelques pr\u00e9misses de cette technique sont visibles dans Vingt jours sans guerre, mais son usage est loin d\u2019\u00eatre syst\u00e9matique.<br \/>\n3 En ce sens, le sous-titrage des films de Guerman est une t\u00e2che ardue car en plus des difficult\u00e9s linguistiques il faut encore prendre en compte la polyphonie de ses sc\u00e8nes.<br \/>\n4 C\u2019est un proc\u00e9d\u00e9 souvent repris dans la culture russe, dont l\u2019exemple le plus connu est sans doute <i>Un h\u00e9ros de notre temps<\/i> de Lermentov.<\/p>\n<p>D.C.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dur\u00e9e :100 minutes Noir et blanc Pays :URSS 35mm . 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